Background

L'Objet

Tout commence, comme beaucoup de mauvaises nouvelles, par une nuit ordinaire...

Le 16 novembre 2012, les observatoires internationaux détectent un objet céleste massif dont la trajectoire croise, avec une précision que personne n'avait demandée, celle de la Terre. La classification initiale sur l'Échelle de Turin est un niveau 3 (ce qui, dans le jargon scientifique, signifie approximativement « probablement rien, mais on garde un œil »). Les gouvernements sont informés discrètement. Les astronomes rentrent chez eux un peu moins sereins que d'habitude.

L'objet reçoit une désignation scientifique officielle : 2012 WP₁ avec cette ironie que seul le monde académique sait en produire par le plus grand des hasard. Le grand public, lui, ne l'appellera jamais autrement que l'Objet. Ce nom, dans sa brutalité minimaliste, dira tout ce qu'il y a à savoir.

En 2013, après un an de recalculs que personne n'espérait voir confirmer, la trajectoire orbitale est mise à jour. L'Échelle de Turin grimpe au niveau 6, un niveau jamais atteint. La menace devient réelle, les plateaux télévisés s'enflamment et l'humanité entre dans cette phase caractéristique qui consiste à commenter l'inévitable pendant des années avant de faire quoi que ce soit d'utile.

Les Tentatives

Ce serait une erreur, cependant, de réduire cette période à de la paralysie. Entre 2013 et 2017, une coalition internationale sans précédent tenta l'impossible avec une énergie et une créativité qu'on ne peut qu'admirer, même rétrospectivement.

Les impacteurs cinétiques furent lancés en premier, l'idée étant, dans les grandes lignes, de percuter un objet suffisamment fort pour modifier sa course. Ils percutèrent mais la trajectoire ne dévie pas. Vinrent ensuite les missiles nucléaires, d’abord à distance afin de souffler l’objet, puis à sa surface et enfin en sous-sol, le Projet Armageddon (les américains savent trouver des noms adaptés…) était une mission habitée dont les six membres sont morts lamentablement et enfin les drones d'altération gravitationnelle, technologie prometteuse dont les résultats se révélèrent, dans ce contexte précis, décevants.

Chaque tentative fut retransmise en direct. Chaque échec fut regardé par des milliards d'yeux. Le monde se mit à ressembler à un public de stade dont l'équipe perdrait chaque match, mais continuerait malgré tout à se présenter au coup d'envoi.

En 2017, les équipes scientifiques rendirent leur verdict final :

  • Échelle de Turin : niveau 10. Collision certaine, apocalypse globale.

La Décennie des Ruptures

L'annonce du niveau 10 produisit les effets que les historiens, dans leur langage toujours mesuré, qualifieront de « réaction sociale significative ». Dans les faits : émeutes dans plusieurs capitales, effondrement boursier mondial, vague de sabotages, crise bancaire, et une fragmentation politique dont certains pays ne se sont toujours pas remis.

San Andreas, république ouverte et économiquement connectée, encaissa le choc de plein fouet. Ce que l'on appela la Décennie des Ruptures ne fut pas seulement une crise économique ou sécuritaire. Ce fut une crise de sens, une période où la confiance dans les institutions, dans l'avenir, et dans la capacité collective à traverser l'adversité s'effrita jusqu'à l'os.

C'est dans ce contexte, et nulle part ailleurs, qu'il faut comprendre ce qui suivit.

Le Programme Harmonie

La grande idée

En 2018, le gouvernement de San Andreas opère un tournant historique en s'associant à Nexus Global Systems, souvent simplement appelée Nexus Corp conglomérat technologique dont la discrétion n'avait d'égale que la compétence, pour déployer un nouveau modèle de société.

Le raisonnement était, à sa manière, imparable : dans un monde aux ressources limitées et à l'avenir incertain, le principal gaspillage n'est pas énergétique ni matériel, il est humain. Des talents mal orientés, des individus à des postes inadaptés, des potentiels qui s'éteignent faute d'avoir été correctement identifiés, voilà l'ennemi réel. Le Programme Harmonie fut conçu pour y remédier.

À 18 ans, chaque citoyen passe une évaluation complète croisant analyse biométrique, profil psychologique, capacités cognitives, stabilité émotionnelle et historique comportemental. Ces données génèrent un Indice de Mérite (IM), évolutif et révisable, qui oriente le citoyen vers le secteur où il sera le plus utile, et par extension, le plus épanoui, précise systématiquement la communication officielle.

La classification comporte cinq niveaux, du Rouge pour les environnements hors système au Platine pour les sphères décisionnelles, en passant par le Gris, l'Argent et l'Or. Chacun correspond à un ensemble de rôles, de responsabilités et, naturellement, de droits et d'accès différenciés.

Les résultats

Vingt ans après son lancement, le bilan est difficile à contester. La criminalité a chuté de façon spectaculaire. Les délais judiciaires ont été divisés. La production énergétique a atteint des niveaux que les experts d'avant-crise qualifiaient d'utopiques. San Andreas est aujourd'hui quasi autonome sur le plan énergétique et figure, selon les classements internationaux qui comptent encore, parmi les nations les plus stables et les plus résilientes du monde.

Le gouvernement présente volontiers ces chiffres. Il faut reconnaître qu'ils sont bons.

Nexus Corp

Il serait inexact de présenter Nexus comme une simple entreprise sous contrat. En vingt ans de partenariat avec l'État de San Andreas, Nexus est devenu quelque chose de plus difficile à définir, une infrastructure, presque un système nerveux.

C'est Nexus qui a développé les réseaux biométriques de suivi sanitaire qui permettent aujourd'hui de détecter les anomalies de santé publique avant qu'elles ne deviennent des crises. C'est Nexus qui pilote les programmes de performance civique obligatoires (sport, nutrition, suivi médical personnalisé) dont les résultats sur l'espérance de vie nationale sont documentés et régulièrement publiés.

L'idée, en 2018, paraissait futuriste. Aujourd'hui, elle est simplement là, comme le sont toutes les choses qui fonctionnent.

Nexus gère également plusieurs zones maritimes classifiées et installations offshore dont les activités (recherche énergétique avancée, études océanographiques, développement d'infrastructures critiques, solutions post-impact) restent confidentielles pour des raisons de sécurité nationale. Les résultats de ces travaux, promet-on, seront rendus publics en temps voulu.

Situation Actuelle en 2038

Les calculs orbitaux actuels confirment ce que tout le monde sait depuis un moment : l'impact est imminent. Les estimations varient quant aux conséquences exactes (hiver d'impact prolongé, perturbations climatiques, destruction global des infrastructures) mais le consensus scientifique s'accorde sur une chose : ce qui vient sera difficile et des milliards d’individus mourront.

Le gouvernement de San Andreas, lui, assure que la nation est prête. Le Programme Harmonie a fait de chaque citoyen un rouage identifié, calibré et positionné au bon endroit dans la machine collective. Nexus a construit des bunkers de la taille de villes complètes. Les ressources sont allouées. Les rôles sont définis.

San Andreas est, selon les termes officiels, « la Nation la mieux préparée au monde ».

Chronologie

  • Novembre 2012 : Détection de l'Objet. Échelle de Turin : niveau 3.
  • Janvier 2013 : Requalification orbitale. Échelle de Turin : niveau 6.
  • 2013–2017 : Missions internationales de déviation — impacteurs cinétiques, missiles nucléaires orbitaux, Projet Atlas, drones gravitationnels. Toutes infructueuses.
  • 2017 : Requalification finale. Échelle de Turin : niveau 10. Collision certaine.
  • 2017–2018 : La Décennie des Ruptures. Émeutes, effondrement boursier, crise institutionnelle à San Andreas.
  • 2018 : Partenariat gouvernement / Nexus Global Systems. Naissance du Programme Harmonie.
  • 2018–2038 : Déploiement progressif de l’Indice de Mérite. Stabilisation nationale. Croissance technologique majeure. Autonomie énergétique - quasi totale.
  • 2038 : Impact estimé dans quelques mois.